Un poème sur PoésiesChoisies.net

 SOMMAIRE 

Prire aux vivants pour leur pardonner dtre vivants

Vous qui passez
bien habills de tous vos muscles
un vtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va peu prs
vous qui passez
anims dune vie tumultueuse aux artres
et bien colle au squelette
dun pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrogns, vous tes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux dtre quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empche
de sentir votre buste qui suit la jambe


votre main au chapeau
votre main sur le coeur
la rotule qui roule doucement au genou
comment vous pardonner dtre vivants...
Vous qui passez
bien habills de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous tes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci dargent
comment comment
vous pardonner dtre vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-l qui sont morts


pour que vous passiez
bien habills de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
dtre habill de votre peau de votre poil
apprenez marcher et rire ,
parce que ce serait trop bte
la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.

*



Je reviens
dau-del de la connaissance
il faut maintenant dsapprendre
je vois bien quautrement
je ne pourrais plus vivre.

*



Et puis
mieux vaut ne pas y croire
ces histoires
de revenants
plus jamais vous ne dormirez
si jamais vous les croyez
ces spectres revenants
ces revenants
qui reviennent
sans pouvoir mme
expliquer comment.


Vous qui passez
bien habills de tous vos muscles
un vtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va peu prs
vous qui passez
anims dune vie tumultueuse aux artres
et bien colle au squelette
dun pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrogns, vous tes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux dtre quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empche
de sentir votre buste qui suit la jambe 
votre main au chapeau
votre main sur le coeur...

[ Charlotte Delbo, Une connaissance inutile ]