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 SOMMAIRE 

LES DITS DU GERMAIN MOUGNOT

Vis quon toublie.
Lors, ce que tu seras
Toi seul tu le sauras
Plus ninquiteras personne ;
Mais jouir plein
Du mince bien, tant que lcuelle
Tu pourras tenir dans ta main
Remplir le soir et le matin
Au gr de ta faim,
Ton cur chantera ta gloire
Car cest ta joie la plus rare
Dtre lhomme quon nenvie pas.
Vis quon toublie... Vis quon toublie.


Vis quon toublie.
Les vivants te plent davance
Dans leurs lits dimpatiences
Rvent de te prendre ceci cela
Quils ont choisi dans les visites
Fardes de civilit, damiti.
Au dormir se crispe parfois
La mandibule mchelire
Comme pince casser les noix
Les vieux ont pret aux biens
Jusquau tout prs de la fin
Gardent tremblement des doigts
De savoir ce qui est tien,
Tu lauras montr une fois,
Et quils nont pas dans leur bien.
Vis quon toublie... Vis quon toublie.


Vis quon toublie.
Tu fais petit feu de branches
Ny mets du vert en dfiance
Mais cotret sec et bien brlant
Qui ne dit rien aux parages.
La chemine trop souvent
Trahit ltre et dit aux gens
Quon y met bonne bourre
Pour marmite mitonne
O se cuit lente, imprgne
Quelque viande bien sauce.
Vis quon toublie... Vis quon toublie.


Vis quon toublie.
Les morts tappellent
Eh ! Toi, l-haut, quand viens-tu ?
Malgr quils soient, quon croit, muets,
Profond l-bas sous les tertres
Ils tenvient dtre encore en vie
Te tirent la nuit vers le bas
Te hlent par les trous des vers...
Viens te coucher l tout auprs
Nous sommes bien sous le pr frais.
Vis quon toublie... Vis quon toublie.


Vis quon toublie.
Lors, ce que tu seras
Toi seul tu le sauras
Plus ninquiteras personne ;
Mais jouir plein
Du mince bien, tant que lcuelle
Tu pourras tenir dans ta main
Remplir le soir et le matin
Au gr de ta faim,
Ton cur chantera ta gloire
Car cest ta joie la plus rare
Dtre lhomme quon nenvie pas.
Vis quon toublie... Vis quon toublie.
 
Vis quon toublie.
Les vivants te plent davance ...

[ Fernand Tourret, Branledes petits seigneurs du Pays de Thelle ]