Je n’aurais jamais écrit PP sans la certitude qu’il serait possible d’en donner lecture sur écran car cette suite de poèmes existe en trois dimensions plus le temps.
Les deux dimensions du déroulé de la langue hors du corps, mots se suivant, plus celle, une profondeur, ou des hauteurs, ou des sauts à l’écart de ce fil, exactement comme le sont les liens hypertextes qui font passer d’une page à l’autre – et on revient où on était ou on continue de divaguer et de toutes façons on est comme un esprit qui se déplace dans une maison, escaliers, pièces jointes ou disjointes, et même des passages entre deux pièces non liées physiquement : trois dimensions.
Plus le temps qui se comprime ou se distend ou s’égalise au gré des déplacements.
PP est un cycle de quinze poèmes sans début ni fin formé de six poèmes principaux et de neuf poèmes y attachés ; dix poèmes sont l’objet de variantes.

Quel que soit le parcours, on tourne toujours dans le même sens.
Chaque poème est marqué par sa position relative aux autres (sens de lecture, caractère suivi ou optionnel de la succession).
Dans sa première écriture, j’ai noté PP en quatre cycles, numérotés Cycle de vie de (1) à (4).
De Cycle de vie (1) à Cycle de vie (3), il n’y a à chaque fois qu’une lecture possible.
Cycle de vie (4) est la version la plus complète ; compte tenu des options, on peut la parcourir, elle, de n manières différentes.
Par exemple, j’ai composé une nouvelle version de PP pour le n° de 2007 de la revue Gare maritime, pour me conformer au format de la revue : deux pages tout en hauteur, 80 lignes. On y parcourt plusieurs fois le cycle de vie du polypropylène. Cette version produit torsions et vertiges et déplacements comme les versions précédentes.
Autre exemple, la version donnée en musique improvisée, en compagnie de Fred Wallich et de Thierry Roussel, le 21 novembre 2008.
Contrairement à Changeons d’espace & de temps, je ne sais pas combien de versions de PP sont possibles. Peut-être est-ce la réalisation sur écran qui permettra de les compter.
On peut commencer la lecture par n’importe quel poème. Sur écran, cela veut dire : ouverture sur n’importe quel poème au hasard.
On peut lire en rond : rester dans l’un des quatre cycles de vie et relire ad libitum.
On peut aussi passer d’un cycle à un autre en prenant, comme poème suivant, le poème ou un des poèmes situés à la position suivante dans un des trois autres cycles.
Un état du brouillon, photo prise en juillet 2005